
Le montage au cheveu – l’invention qui a révolutionné la pêche
On reconnaît les grandes inventions à leur simplicité et à la manière inattendue avec laquelle elles changent un monde du tout au tout. Il est très probable qu’en 1981, quand Lenny Middleton invente ce simple montage d’un hameçon au cheveu, il ne se rend pas compte à quel point cette révélation va changer de façon durable et profonde la pêche de la carpe. Rien ici n’est lié à une technologie d’avant-garde ou à un nouveau matériau breveté, mais simplement au fruit de l’observation et de la persévérance de ce pêcheur.

Voir ici le montage d’un hameçon à œillet
Un simple montage
Le montage d’un hameçon au cheveu présente de nombreux avantages très utiles lorsqu’on recherche les spécimens de carpes, mais aussi tous les gros poissons blancs. Le principe est de détacher l’esche de l’hameçon afin de dégager complètement la pointe et la courbure de ce dernier pour le rendre encore plus efficace. Cette présentation favorise la discrétion et s’adapte parfaitement au mode d’alimentation des grosses carpes, qui aspirent et recrachent leurs bouchées afin de dissocier les aliments des sédiments. Dans ce processus, le montage au cheveu rend l’hameçon piquant lorsque l’esche est en mouvement dans la bouche de la carpe, sans que celle-ci puisse le détecter.

Dès lors que l’usage du montage au cheveu se généralise, on assiste à une véritable explosion du nombre de captures de spécimens. Inutile désormais de piquer l’appât sur l’hameçon : il est placé sur le brin de cheveu. Ce montage autorise alors l’emploi d’esches plus dures et durables, permettant de laisser les montages en place sur le coup pendant de longues heures. Des esches dures, impossibles à piquer directement sur un hameçon.
Il ouvre également la porte aux longues sessions, et notamment à la pêche de nuit, lorsque les appâts restent en place durant des heures.

De la bouillette au bivouac
Au départ, les pêcheurs ont utilisé des graines telles que les fèves ou l’arachide. Puis les redoutables bouillettes sont arrivées. Une innovation qui, sans le savoir, ouvre la voie dans laquelle s’est développée la pêche de la carpe moderne et l’émergence d’un marché colossal. Un montage peut à lui seul déclencher en cascade une avalanche d’évolutions, aussi bien pour les appâts que dans le matériel et les pratiques.
Voir ici la présentation des bouillettes wafters

La France n’est pas en reste : c’est Henri Limouzin qui, le premier, fait connaître le montage au cheveu dans le numéro 441 de février 1982 du magazine La Pêche et les Poissons. Un article très fréquemment cité en référence par les carpistes de l’Hexagone.
Le journaliste français s’est aussitôt réjoui, avouant être « passablement sidéré par l’ingéniosité et la simplicité de la découverte de ces diables d’Anglais ». Tout comme le mentionne déjà à l’époque Middleton dans ses travaux, il ne manque pas de souligner le vaste champ d’application que peut avoir ce montage pour la pêche des poissons blancs : tanches, brèmes et barbeaux.

Middleton, décédé en 2006, entre à jamais dans la postérité. On peut lire sur une plaque commémorative :
« En mémoire d’une légende, Lenny Middleton, inventeur du montage au cheveu. À chacun de nos lancers, nous nous rappellerons de vous. »
C’est aussi à cela que l’on reconnaît les grandes inventions.










